Inde

Avril / Mai 2014

Brahmaputra cultural fondation

Implantation d’une résidence d’artiste sur l’ile de Majuli.

Globe Trot’Art et BCF se sont rencontrés en Inde, et ont établi un plan de collaboration en prenant en compte le souhait de BCF d’implanter son activité sur l’Ile de Majuli, dans la région de l’Assam et notamment de débuter une résidence d’artiste.

Katha Yatra II (« Histoires et voyages ») est né de cette volonté commune.

Un contexte de création singulier…

P1070118légerL’ile de Majuli se trouve sur la rivière Brahmaputra, dans la région de l’Assam (Nord Est Indien). C’est une des plus grosse ile fluviale au monde. Elle est inondée au moment de la saison des pluies et condamnée par l’érosion qui ronge ses contours. Jardin fragile et préservé, Majuli accueille une biodiversité exceptionnelle et rare. En outre, cette ile est considérée comme le berceau culturel de l’Assam. Elle abrite notamment les moines Satras « les moines danseurs », une branche de l’hindouisme vénérant le dieu Vishnou et son principal avatar, Krishna. Les moines paysans et artistes célèbrent leur dieu par le chant, la musique, la danse et le théâtre.

Le paysage de la rivière Brahmaputra, la vie sociale, culturelle et spirituelle de ses habitants est le point de départ du projet Katha Yatra II.

Katha Yatra II, une itinérance artistique à bord d’un bateau sur roues…
Afin d’implanter la résidence d’artistes de Brahmaputra Cultural Foundation à Majuli et plus particulièrement dans la ville de Garmur, nous proposons de développer un projet artistique s’inspirant de la géographie spécifique de l’ile. Shilpika Bordoloi nous laisse carte blanche et nous confie les clefs de la résidence pour un mois. Pendant la période de création, nous sommes accompagnés d’un chargé de production en formation Anupam Bhuyan. A partir des premiers instants passés sur l’ile et des premières prises de contact avec les habitants et leurs cultures, nous imaginons et dessinons Katha Yatra II, un bateau sur les routes.

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Le bateau…
Cette création artistique symbolise l’équilibre fragile entre terre et eau auquel sont confrontés les habitants de l’ile.

Le bateau est à la fois symbole de voyage et peut être salvateur en cas de grosses inondations. Les maisons Mishing (communauté de l’ile), construites sur pilotis, possèdent toutes une barque qu’elles sortent pendant la mousson. Il est aussi utilisé pour la pêche, une des principales activités de l’Ile de Majuli. Le premier lien avec l’ile se fait par bateau et c’est aussi la seule connexion avec le reste de l’Assam et de l’Inde. Les barques sont également un symbole religieux pour les moines Satras.

Le vélo…
P1070930Le vélo est le moyen de transport privilégié utilisé pour voyager à travers l’ile, pour les marchés… Avec la mousson et les inondations, les transports balancent doucement des vélos vers les bateaux.

Le vélo est un tandem pour exprimer la dualité, le rapport à l’autre et la confiance commune nécessaire. Le tandem représente la relation que nous souhaitons créer à travers la résidence avec les habitants et l’association BCF. Nous apprenons par la suite que c’est le premier tandem de l’ile…

Nous imaginons la résidence d’artiste en deux étapes, un premier temps de conception de l’œuvre et de construction puis un second temps d’itinérance.

Plusieurs objectifs se dessinent à travers cette première phase de Katha Yatra II
> Le premier est de rassembler un réseau d’acteurs locaux, d’associations, d’écoles, d’artisans et d’artistes autour de ce projet afin de constituer une base solide pour les prochaines résidences et d’expérimenter depuis l’intérieur le contexte de création.

Nous suscitons les collaborations et les échanges dans le processus de création. Nous nous imposons la contrainte de travailler uniquement à partir de matériaux disponibles et existants sur l’ile (vélos locaux, bambous, bois…).

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Nous initions plusieurs collaborations professionnelles avec les artisans locaux et un artiste Mishing, Kamala Kante Koman. Nous travaillons ensemble, observons nos gestes respectifs, échangeons sur nos pratiques et techniques… Nous questionnons également l’œuvre, les symboles qu’elle véhicule. La barrière de la langue cède sous la force de la gestuelle et la volonté commune de comprendre la démarche de l’autre.

Les rencontres avec les habitants se tissent autour de la construction du tandem puis de sa métamorphose en bateau. Nous choisissons de travailler en extérieur, sur la place du marché qui est le lieu central de l’activité de la ville. Nous ouvrons ainsi un espace de discussion et d’échanges autour de la création de Katha Yatra II. Les avis fusent autour de la construction et les habitants, marchands, artisans et artistes comprennent la démarche petit à petit.

> Le deuxième objectif est de « défaire » les stéréotypes existants. L’ile de Majuli est fréquentée essentiellement par des touristes « de passage ». C’est la première fois qu’une collaboration « étrangers/locaux » se développe autour d’un travail commun. Le regard des habitants se décale doucement et se construit autour de l’échange. Le nôtre également puisque à travers ces rencontres nous nous familiarisons à la culture, aux us et coutumes de l’ile. Nous réalisons que le fait d’ouvrir un espace propice aux échanges et aux interactions est  une étape primordiale du processus de création.

> Le troisième objectif est né du constat de l’importance de développer une implantation territoriale forte et de susciter des échanges avec les habitants qui ne sont pas sensibilisés aux arts contemporains et encore moins à la notion de résidence d’artistes. « Apprivoiser » le contexte et comprendre la culture est une phase cruciale au développement des projets artistiques. Depuis la phase de création à la phase d’exposition, cet espace de rencontre autour de l’œuvre nous semble nécessaire.

De la réalisation vers l’itinérance artistique

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Pour aller plus loin dans l’implantation de la résidence d’artiste sur le territoire, nous imaginons une itinérance à travers les routes de l’ile à la rencontre des habitants.

Ce voyage de dix jours a pour objectif de couvrir la géographie de l’ile à bord du « bateau-vélo » construit. La chorégraphe se joint au voyage afin d’élargir et d’établir son réseau, de trouver une terre pour développer ses activités futures et d’échanger avec nous sur cette première résidence. Un réalisateur de films et un comédien sont associés au projet avec l’objectif de documenter ce voyage et de susciter l’échange autour. Une étudiante en sociologie et développement social a également embarqué dans l’aventure pour apporter son regard de chercheuse.

Nous imaginons un programme culturel et artistique autour de l’ile. Nous nous arrêtons dans une dizaine de villes et proposons un concours de dessin sur le thème de « Majuli », ouvert à tous. Ce concours a pour objectif d’ouvrir un espace d’expression, de créer un premier lien avec les scolaires et les habitants et d’initier un rapport intergénérationnel. Dans un second temps, les dessins sélectionnés feront le tour de l’ile et seront exposés dans les établissements scolaires et autres lieux publics.

Shilpika Bordoloi et le comédien créent une performance afin d’ouvrir la discussion sur un des principaux enjeux de l’ile dont BCF souhaite s’emparer : la gestion des déchets, le recyclage et la préservation de l’environnement.

Nous avons imaginé le parcours en tenant compte des routes praticables ou pas, en cherchant à nous arrêter en milieu rural comme semi urbain, en allant auprès communautés Mishing et Assamaises. Nous avons dormi dans des écoles, des salles communales, des monastères… Au sein de chaque ville un correspondant local nous accueillait, proposant un lieu pour la performance et le concours de dessin. Nous avons rencontré les « maires » des villes et longuement discuté quant aux perspectives de collaboration autour de projets artistiques, initiatives de sensibilisation sur les problématiques d’environnement…

Cette rencontre avec les publics et le reste de l’ile a été l’occasion d’analyser les réactions et interactions avec les habitants, de mieux comprendre le contexte culturel, économique et social de l’ile.